Vente d’ordinateurs avec logiciels préinstallés : absence de pratique commerciale déloyale

Par un arrêt du 29 mars 2017, la Cour de cassation a confirmé l’arrêt de la Cour d’appel de Versailles qui avait condamné, pour pratique commerciale trompeuse, une société qui commercialisait des ordinateurs avec logiciels préinstallés sans indiquer aux consommateurs les conditions d’utilisation de ces logiciels ainsi que leurs caractéristiques principales. En revanche, la Cour a confirmé que “la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés sans possibilité pour le consommateur de se procurer le même modèle d’ordinateur non équipé de logiciels préinstallés ne constitu[ait] pas, en tant que telle, une pratique commerciale déloyale“. A cette occasion, elle a rappelé qu’une pratique commerciale n’était trompeuse que si elle omettait une information substantielle, or, selon la Cour, le prix de chacun des logiciels et la possibilité d’acquérir un ordinateur non équipé de logiciels ne constituent pas de telles informations.

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Modération judiciaire d’une clause pénale

Dans le cadre d’un contrat de licence d’exploitation d’un site internet, le prestataire faisant état d’impayés avait assigné en justice sa cliente en paiement de diverses sommes dont trente loyers postérieurs à la résiliation ainsi que des montants au titre de la clause pénale stipulée au contrat. Par un arrêt du 30 mars 2017, la Cour d’appel de Limoges a confirmé le jugement de première instance et considéré que ces “trente loyers à échoir, postérieurs à la résiliation, constitu[aient] une indemnité de résiliation et donc également une clause pénale”, ce qui portait la somme due à ce titre à quasiment 6 000 €. La Cour a confirmé la réduction de son montant, rappelant que “les clauses pénales peuvent être modérées par le juge même d’office” et qu’en l’espèce, “réclamer les loyers à échoir jusqu’à la fin de la location équivaut à la faire exécuter par le client alors qu’elle est interrompue”, de telle sorte que le “montant global des clauses pénales était manifestement excessif et devait être fixé de manière plus adaptée à une somme inférieure”.

Arrêt non publié

Identification du caractère publicitaire d’annonces payantes

Par un arrêt du 17 mars 2017, la Cour d’appel de Paris a confirmé le jugement du tribunal de commerce de Paris qui avait condamné un site comparateur, sous astreinte de 2 000 € par jour de retard, à identifier le caractère publicitaire des annonces payantes de marchands et de produits diffusées sur ses sites partenaires, ainsi que dans les balises “titres”, “description” et “alt” de ces sites, en vue de leur référencement par les moteurs de recherches. Selon la Cour, l’ajout de mentions telles que “Annonces Shopping“ ne suffisait pas à identifier le caractère publicitaire des contenus, “les termes utilisés par [le comparateur] demeur[ant] en effet ambigus et ne permett[ant] pas de déterminer qu’il s’agi[ssai]t d’une publicité“, ce qui constituait une pratique trompeuse au sens de l’article L. 121-2 du Code de consommation, “sans qu’il soit nécessaire d’apporter la preuve d’une altération du comportement des consommateurs”.

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Respect de la procédure de notification préalable dans le cadre d’une demande de désindexation

Une personne se plaignait qu’une recherche à partir de son nom dans le moteur de recherches de Google renvoyait vers des articles de presse et des résultats sur Google Images faisant état d’une condamnation pénale récente la concernant. Par une ordonnance du 10 février 2017, le Président du TGI de Paris a rejeté les demandes en référé de désindexation des contenus disponibles sur Google Images, faute pour le requérant d’avoir préalablement demandé au moteur de recherches de les déréférencer. Il a ainsi considéré que le demandeur “ne justifi[ait] pas d’un trouble manifestement illicite lui permettant d’agir en référé, puisqu’il ne démontr[ait] pas que la société Google Inc. aurait (…) refusé de déréférencer des liens de manière à l’évidence illicite”. La demande de déréférencement des articles de presse a également été rejetée, malgré des demandes préalables auprès de Google, car ils concernaient “une information exacte, sur un sujet d’actualité récent (…) participant ainsi du droit à l’information du public sur une affaire pénale”.

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Applicabilité du droit de rétractation à un professionnel

Une auto-entrepreneur dans le domaine de l’architecture avait conclu un contrat pour la création d’un site internet destiné à promouvoir son activité. Le prestataire lui reprochait d’y avoir finalement mis un terme après 47 jours. La Cour d’appel de Douai, par un arrêt du 23 mars 2017, a confirmé le jugement qui avait considéré que la cliente avait valablement exercé son droit de rétractation et ainsi annulé le contrat. Elle estime que ce contrat avait effectivement un rapport direct avec l’activité de la cliente mais qu’il n’entrait pas pour autant dans le champ de son activité, dès lors que “le simple fait que le service commandé serve l’activité professionnelle de la personne sollicitée ne conf[érait] à celle-ci aucune qualité de nature à rééquilibrer les rapports contractuels” entre “le professionnel connaissant parfaitement le service qu’il propose et un tiers, ignorant dans ce domaine”. Ainsi, la cliente disposait conformément au Code de la consommation d’un droit de rétractation de quatorze jours, augmenté de douze mois dès lors que les informations relatives à ce droit ne lui avaient pas été fournies.

 Arrêt non publié

Bilan 2016 et perspectives 2017 des activités de contrôle de la CNIL

Le 31 mars 2017, la CNIL a présenté le bilan 2016 de ses activités et son programme de contrôles pour 2017. Elle rapporte notamment qu’en 2016, 20% des contrôles ont concerné la mise en place de systèmes de vidéoprotection dans les lieux publics, les manquements constatés étant relatifs aux autorisations préfectorales, à l’absence d’information du public et à la sécurité. Elle souligne aussi que 20% des contrôles ont porté sur le système national d’information de l’assurance maladie, le courtage de données et le fichier de contrôle des déplacements aériens. Pour l’année 2017, la CNIL souhaite se concentrer sur “des traitements portant sur la vie quotidienne des personnes mais aussi des fichiers régaliens à forts enjeux”, tels que les données traitées par les sociétés d’assurance, les “fichiers de prévention des atteintes à la sécurité publique” et les données collectées par les télévisions connectées, pour lesquelles elle souhaite s’assurer de “la pertinence des informations recueillies, [de] la finalité des traitements (…) [et] [d]es mesures de sécurité et de confidentialité mises en œuvre”.

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Condamnation d’un FAI au déblocage d’adresses IP et de serveurs DNS

Par une ordonnance de référé du 15 février 2017 le Président du tribunal de commerce de Paris a ordonné à un FAI de procéder au déblocage de serveurs d’adresses IP et de noms de serveurs DNS utilisés dans les courriels d’une société, estimant qu’il “ne [pouvait] prendre des mesures unilatérales de blocage de trafic de messagerie électronique au motif qu’[il] estimerait, avec des moyens et critères qui lui sont propres, que certains trafics de messagerie sont selon [lui] de la prospection publicitaire faite sans le consentement de la personne destinataire des messages”. En effet, le tribunal a relevé que l’association auteure de l’analyse sur laquelle le FAI s’était fondé pour estimer que la société se livrait à une activité généralisée d’envoi de spam n’était pas mandatée par les pouvoirs publics pour lutter contre cette activité illégale, et que le FAI n’était pas chargé de veiller au respect de la réglementation en matière de prospection directe, mais devait “garantir la neutralité de ses services vis-à-vis du contenu des messages transmis sur son réseau et le secret des correspondances”.

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Décret relatif au secret des correspondances électroniques privées

Le 30 mars 2017 a été publié au Journal Officiel le décret d’application de l’article L.32-3 du Code des postes et des communications électroniques modifié par la loi pour une République numérique, qui interdit le “traitement automatisé d'analyse, à des fins publicitaires, statistiques ou d'amélioration du service apporté à l'utilisateur, du contenu de la correspondance en ligne, de l'identité des correspondants”  sauf “si le consentement exprès de l'utilisateur est recueilli” à une périodicité précise. Le décret, en date du 28 mars 2017, a fixé cette périodicité à un an. Pour les traitements mis en place avant l’entrée en vigueur du décret, le premier consentement de l’utilisateur devra être recueilli dans les six mois suivant cette date d’entrée en vigueur.

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Mise à disposition de données personnelles d’abonnés téléphoniques

Une société belge fournissant des services d’annuaire et de renseignements téléphoniques avait demandé à des opérateurs téléphoniques néerlandais de lui fournir des données relatives à leurs abonnés dans le cadre de la mise en œuvre de ses services, ce qu’ils avaient refusé. Par un arrêt du 15 mars 2017, la CJUE a répondu aux questions préjudicielles du juge néerlandais portant sur l’interprétation de la directive “service universel”. Pour la Cour, cette directive impose aux opérateurs de répondre de manière équitable et non discriminatoire “à toutes les demandes raisonnables de mise à disposition” des données de leurs abonnés aux fins de la fourniture de tels services, y compris lorsqu’elles émanent d’entreprises établies dans d’autres Etats membres. Elle estime en outre que “c’est la finalité de la première publication des données personnelles de l’abonné à laquelle celui-ci a consenti qui est déterminante afin d’apprécier la portée de ce consentement”, de telle sorte qu’il n’y a pas lieu “de formuler la demande de consentement (…) de manière distincte selon l’État membre vers lequel les données le concernant peuvent être transmises”.

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Diffusion d’émissions télévisées et radiophoniques dans des chambres d’hôtels

Par un arrêt du 16 février 2017, la CJUE a statué sur une question préjudicielle du juge autrichien portant sur l’interprétation de la directive relative au droit de location et de prêt. Une société de gestion collective des droits d’organismes de radiodiffusion estimait que la retransmission simultanée, intégrale et sans altération, d’émissions télévisées et radiophoniques par un hôtelier dans ses chambres d’hôtel devait être soumise à autorisation et au paiement de redevances, dès lors qu’elle constituait selon elle une communication faite dans un lieu accessible au public moyennant paiement d’un droit d’entrée, celui-ci consistant dans le prix de la chambre. La Cour a toutefois estimé que “le prix d’une chambre d’hôtel [n’était] pas (…) un droit d’entrée spécialement demandé en contrepartie d’une communication au public d’une émission télévisée ou radiophonique, mais constitu[ait] la contrepartie d’un service d’hébergement principalement”.

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