Imputabilité au prestataire de l’absence de suppression d’annonces en ligne litigieuses

Une société hongroise spécialisée dans le commerce de véhicules automobiles avait conclu une convention de service après-vente avec le fabricant, l’autorisant à utiliser la marque de ce dernier dans des annonces sur Internet. Après la résiliation de la convention, le vendeur avait sollicité la suppression de ces annonces auprès de plusieurs exploitants de sites Internet, sans succès. Le fabricant avait donc introduit une action à l’encontre du vendeur pour contrefaçon de sa marque dans les annonces en ligne. Interrogée par la Cour de Budapest, la CJUE a considéré dans un arrêt du 3 mars 2016, que “si la mise en ligne sur un site Internet de référencement d’une annonce publicitaire mentionnant une marque d’autrui est imputable à l’annonceur qui a commandé cette annonce”, ne sont en revanche pas imputables “à cet annonceur [l]es actes ou [l]es omissions [du] prestataire qui (…) passe outre les instructions expresses données par ledit annonceur qui visent (…) à éviter cet usage de la marque”.

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Compétence judiciaire et places de marché

Par un arrêt du 10 novembre 2015, la Cour de cassation a posé une question préjudicielle à la CJUE sur le point de savoir si le règlement 44/2001 “sur la compétence judiciaire (…) en matière civile et commerciale” permet qu’une demande de retraits d’offres de vente en ligne sur plusieurs sites d’une place de marché exploités dans différents Etats membres (ici Amazon.fr, Amazon.co.uk, Amazon.es, Amazon.it) soit formée devant le seul juge français. En l’espèce, un distributeur agréé de produits électroniques s’était vu notifier par le fabricant la fin du contrat de distribution au motif qu’il avait commercialisé des produits sur une place de marché en violation d’une clause le lui interdisant. Le distributeur, considérant cette clause discriminatoire dès lors que des produits du fabricant étaient par ailleurs distribués sur des places de marché, avait assigné en référé le fabricant et la place de marché Amazon afin qu’en soit ordonné le retrait de toutes les offres de produits du fabricant. Le juge des référés et la Cour d’appel de Paris s’étaient déclarés incompétents pour statuer sur les sites de la place de marché autres qu’Amazon.fr.

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Absence de modification des conditions contractuelles en cas d’application d’une clause d’adaptation tarifaire

La CJUE a été saisie d’une question préjudicielle à propos de l’interprétation de l’article 20 de la directive 2002/22 relative aux réseaux et services de communications électroniques qui prévoit la possibilité pour les abonnés de dénoncer leurs contrats sans pénalité dès lors qu’ils sont avertis de modifications apportées aux conditions contractuelles proposées par les fournisseurs de réseaux ou de services de communications électroniques. Dans son arrêt du 26 novembre 2015, la CJUE a estimé qu’une modification des tarifs en application d’une clause d’adaptation tarifaire contenue dans les conditions générales de vente prévoyant qu’une telle adaptation est fonction d’un indice objectif des prix à la consommation établi par une institution publique ne constituait pas une “modification apportée aux conditions contractuelles au sens de l’article 20 de la directive.

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Notification auprès des autorités de régulation des communications de vidéos mises en ligne sur des sites d’information

Par un arrêt du 21 octobre 2015, la CJUE, statuant à titre préjudiciel, a jugé que “la mise à disposition, sur un sous-domaine du site Internet d’un journal, de vidéos de courte durée qui correspondent à de courtes séquences extraites de bulletins d’informations locales, de sport ou de divertissement” était un "programme" au sens de la définition de "services de médias audiovisuels" prévue par la directive 2010/13. La Cour a ainsi rappelé que, si ce service “a un contenu et une fonction autonomes par rapport à ceux de l’activité journalistique de l’exploitant du site Internet en cause”, il doit être notifié auprès de l'autorité nationale de régulation des communications compétente.

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Logiciels préinstallés et pratique commerciale déloyale

Par un arrêt du 17 juin 2015, la Cour de cassation a saisi la CJUE de trois questions préjudicielles portant sur l’interprétation de la directive du 11 mai 2005 relative aux pratiques commerciales déloyales des entreprises vis-à-vis des consommateurs. La Cour de cassation souhaite savoir si l’offre conjointe consistant en la vente d’un ordinateur équipé de logiciels préinstallés constitue une pratique commerciale déloyale, d’une part “lorsque le fabricant ne laisse pas d’autre choix au consommateur que celui d’accepter ces logiciels ou d’obtenir la révocation de la vente”, mais également “lorsque le consommateur se trouve dans l’impossibilité de se procurer auprès du même fabricant un ordinateur non équipé de logiciels”. Enfin, elle s’interroge sur le point de savoir si la pratique commerciale déloyale est trompeuse lorsque le fabricant fournit des informations sur chacun des logiciels, sans préciser le coût de chaque élément”.

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Acceptation par “clic” de conditions générales de vente et clause attributive de juridiction

Un concessionnaire automobile ayant acheté un véhicule sur un site internet contestait la validité de la clause attributive de juridiction contenue dans les conditions générales de vente dudit site, estimant qu’elle ne revêtait pas une “forme écrite” conformément aux prescriptions de l’article 23, § 1, a), du règlement Bruxelles I. Dans un arrêt du 21 mai 2015, la CJUE a donc statué à titre préjudiciel sur la question de savoir si “la technique d’acceptation par “clic”, par laquelle l’acheteur accède aux conditions générales de vente figurant sur un site Internet en cliquant sur un hyperlien qui ouvre une fenêtre”, constituait une “transmission par voie électronique permettant de consigner durablement cette convention” considérée comme revêtant une forme écrite. La CJUE a répondu que c’était bien le cas “lorsque cette technique rend[ait] possible l’impression et la sauvegarde du texte [des conditions générales] avant la conclusion du contrat”.

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Fournisseur de service de télévision : information erronée et pratique commerciale déloyale

Dans un arrêt du 16 avril 2015, la CJUE a statué à titre préjudiciel sur l’interprétation de la directive 2005/29/CE relative aux pratiques commerciales déloyales. En l’espèce, un abonné hongrois souhaitant mettre un terme à son contrat avec un fournisseur de service de télévision lui reprochait d’avoir fourni une information erronée concernant la date de fin de son contrat, en conséquence de quoi il était tenu de s’acquitter de frais d’abonnement auprès de deux prestataires différents pour une même période. La CJUE a considéré que “la communication, par un professionnel à un consommateur, d’une information erronée, telle que celle en cause au principal, doit être qualifiée de “pratique commerciale trompeuse”, au sens de cette directive, alors même que cette communication n’a concerné qu’un seul consommateur”.

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Données biométriques : conservation et utilisation au-delà de la finalité du traitement

Par un arrêt du 16 avril 2015, la CJUE a statué à titre préjudiciel sur l’interprétation du règlement du 13 décembre 2004 établissant des normes pour les éléments de sécurité et les éléments biométriques intégrés dans les passeports et documents de voyage délivrés par les Etats membres. En l’espèce, des citoyens néerlandais avaient refusé de fournir leurs empreintes digitales pour la délivrance de leurs passeports et cartes d’identité, estimant que la saisie et la conservation de celles-ci sur trois supports distincts, et pas uniquement sur le support intégré dans les papiers d’identité, ainsi que le fait que les autorités “pourraient utiliser à l’avenir les données biométriques à d’autres fins que celles pour lesquelles ils les ont fournies”, constituaient une “atteinte importante à leur intégrité physique et à leur droit à la protection de la vie privée”. La CJUE a considéré que le règlement n’était pas applicable aux cartes d’identité et qu’il n’obligeait pas un Etat membre “à garantir, dans sa législation, que les données biométriques ne [seraient] ni utilisées ni conservées par cet Etat à des fins autres que la délivrance du passeport”.

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Redevance pour copie privée : application aux cartes mémoire de mobiles

Par un arrêt du 5 mars 2015, la CJUE a statué à titre préjudiciel sur l’interprétation de l’exception pour copie privée prévue par la directive 2001/29 sur les droits d’auteur et droits voisins. En l’espèce, un fournisseur de téléphones mobiles reprochait à une société de gestion collective danoise de lui réclamer le paiement de la redevance pour copie privée au titre des cartes mémoire contenues dans ces mobiles. La Cour a considéré que l’article 5, paragraphe 2, de la directive ne s’opposait pas à ce qu’une législation nationale prévoie “une compensation équitable au titre de l’exception au droit de reproduction pour les copies à usage privé, au titre des supports plurifonctionnels, tels que les cartes mémoire de téléphones mobiles, que ces supports aient ou non pour fonction principale la réalisation de telles copies, à condition qu’une des fonctions desdits supports, fût-elle secondaire, permette à leurs détenteurs de les utiliser à cette fin”.

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TVA à taux réduit sur les livres numériques : manquement de la France au droit de l’Union européenne

Par un arrêt du 5 mars 2015, la CJUE a statué sur un recours en manquement introduit par la Commission européenne qui estimait que la France avait manqué aux obligations lui incombant au titre de la directive relative au système commun de TVA, en appliquant un taux réduit de TVA à la fourniture de livres numériques. La Cour lui a donné raison, considérant qu’il s’agissait d’un “service fourni par voie électronique” au sens de l’article 98 paragraphe 2, qui exclut toute possibilité d’appliquer un taux réduit de TVA à de tels services. Ainsi, le point 6 de l’annexe III de la directive, qui mentionne “la fourniture de livres, sur tout type de support physique” dans la liste des livraisons de biens et prestations de services pouvant faire l’objet d’un taux réduit, “ne saurait être interprété comme incluant dans son champ d’application la fourniture de livres électroniques”.

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